Aller de l’avant dans un monde divisé : mes réflexions sur le Programme de leadership mondial

Shezan Muhammedi est directeur adjointe par intérim à Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada. Il a été membre de la cohorte 2024 du Programme de leadership mondial de la Fondation Aga Khan Canada.


En mars 2024, j’ai eu le grand honneur de participer au premier Programme de leadership mondial (PLM) de la Fondation Aga Khan Canada. Le Programme, qui s’est déroulé à Ottawa, comprenait quatre journées remplies à craquer pendant lesquelles un groupe diversifié de professionnels en milieu de carrière s’est réuni pour tenter de résoudre les grands défis mondiaux. Notre objectif était de mieux comprendre comment le Canada, les Canadiens et ses résidents peuvent jouer un rôle de premier plan dans la lutte contre les changements mondiaux liés au pluralisme, aux relations entre les Autochtones et les colons et à la réconciliation, à la politique mondiale, au développement, à la transformation économique et à la quatrième révolution industrielle.

En rétrospective, le Programme nous a offert d’innombrables leçons et d’importants moments d’apprentissage. À plusieurs reprises, nous avons eu de longs moments de silence. Nous avons tous tenté de comprendre ce que ces tendances mondiales signifient non seulement pour nos domaines de travail ou disciplines de pratique respectifs, mais aussi pour nos concitoyens du monde entier. Par exemple, une des nombreuses oratrices estimées, Fatema Z Sumar, a déclaré qu’en 2022, la population mondiale a dépensé autant d’argent (200 milliards de dollars américains) sur des iPhone que sur le développement mondial (210 milliards de dollars américains)! Une autre statistique a révélé que les cinq hommes les plus riches du monde ont plus que doublé leur richesse depuis 2020, tandis que 5 milliards de personnes se sont appauvries.

Bien qu’il s’agisse de réalités difficiles à appréhender, chacun·e de mes collègues du PLM s’est concentré·e sur la manière de trouver une solution au clivage grandissant qui divise le monde. J’ai grandement apprécié d’avoir le temps et l’espace de réfléchir à la façon dont notre monde en constante évolution nous touche tous de différentes façons et de pouvoir le faire avec un groupe de personnes aussi extraordinaires de partout au Canada.

Fatema Z. Sumar anime la séance de développement.
Fatema Z. Sumar anime la séance de développement.

L’une de mes activités préférées du Programme a été le concours d’études de cas. On nous a divisés en trois groupes, et nous avons eu deux heures pour créer une demande de financement à un panel fictif de la Banque mondiale. Les panélistes étaient nul autre que le directeur général de la Fondation, Khalil Z. Shariff, et la directrice générale du développement international de Harvard, Fatema Z. Sumar.

Chaque équipe a reçu un bref résumé d’un projet en cours du Réseau Aga Khan de développement en Asie centrale, en Asie du Sud ou en Afrique de l’Est qui a bien fonctionné, mais qui avait besoin de fonds supplémentaires pour étendre ses programmes et atteindre un plus grand nombre de personnes. Chaque équipe a eu la chance de communiquer virtuellement avec le directeur général de la Fondation Aga Khan ou le doyen de l’Université Aga Khan. Notre équipe a travaillé avec la directrice générale de la Fondation Aga Khan Inde, Tinni Sawhney, pour assembler rapidement des faits et des chiffres à présenter au panel fictif de la Banque mondiale.

Le groupe de projet de Shezan Muhammedi travaille sur son message.
Le groupe de projet de Shezan Muhammedi travaille sur son message.

Nous cherchions à obtenir des fonds pour le projet Mesha, une intervention communautaire visant à améliorer la vie des ménages agricoles sans terres et marginalisés dans la province du Bihar en renforçant les pratiques d’élevage de chèvres. Le projet forme des femmes à devenir des pashu sakhis (en hindi, « amis des animaux ») qui fournissent des services vétérinaires essentiels, notamment la vermifugation, la vaccination et la gestion sanitaire de base pour les chèvres dans la région.

Non seulement le programme a amélioré les niveaux de revenus des femmes rurales en Inde – ce qui a renforcé la stabilité financière des ménages et l’autonomisation des femmes – mais il a également diminué la mortalité des chèvres et augmenté les bénéfices des femmes. Depuis 2016, la Fondation Aga Khan a formé plus de 350 pashu sakhis au Bihar qui fournissent des services vétérinaires à plus de 70 000 chèvres d’élevage. D’après toutes nos recherches, ce programme semblait être une victoire pour toutes les personnes concernées.

Les questions étaient les suivantes : ce projet pourrait-il s’élargir au-delà de l’état du Bihar? Pourrions-nous chercher à établir un partenariat avec le gouvernement de l’Inde pour étendre le projet à l’ensemble du pays? Enfin, pourrions-nous obtenir des fonds supplémentaires de la communauté mondiale et de notre groupe d’experts fictif de la Banque mondiale?

Fatema Z. Sumar (à gauche) et Khalil Z. Shariff (à droite) réagissent aux propositions de projets.
Fatema Z. Sumar (à gauche) et Khalil Z. Shariff (à droite) réagissent aux propositions de projets.

Avec mes études en histoire et en immigration, j’étais loin de ma zone de confort. Avec ma formation en arts et en sciences humaines, et en tant que geek autoproclamé, j’ai toujours voulu participer à un concours d’études de cas. C’était mon moment!

Grâce à l’expertise et aux conseils de Tinni, nous avons pu assembler quelques statistiques rapides et un argumentaire de deux minutes axés sur notre slogan : « Qu’est-ce que 5 dollars et une chèvre peuvent vous apporter? » Le slogan faisait allusion au coût de la formation des sakhis pashu, et bien sûr, aux 3 millions de foyers du Bihar qui élèvent des chèvres.

Les commentaires du groupe d’experts étaient clairs : « C’est une noble entreprise, mais est-elle vraiment viable à l’échelle du pays et avez-vous des garanties réelles que le gouvernement de l’Inde appuierait une telle initiative? Si vous pouvez nous revenir avec un partenariat éprouvé avec le gouvernement, nous serons peut-être disposés à soutenir financièrement l’initiative. »

Il s’agissait de préoccupations réelles et d’un exemple concret de la façon dont la Fondation Aga Khan Inde tentait de relever le même défi pour obtenir plus de financement. Pour moi, le clou de l’atelier a été lorsque Tinni a déclaré qu’elle aimait le slogan et qu’elle l’emprunterait!

Shezan Muhammedi (à droite) s’entretient avec Celina Caesar-Chavannes.
Shezan Muhammedi (à droite) s’entretient avec Celina Caesar-Chavannes.

Dans l’ensemble, le Programme de leadership mondial a été une expérience révélatrice remplie d’espoir qui nous a permis d’explorer des façons dont nous pouvons tous, à notre manière, contribuer à faire du monde un endroit meilleur. Les réseaux et les liens que nous avons créés dureront certainement toute une vie. C’est un honneur pour moi d’avoir participé à un groupe aussi distingué de personnes dans le cadre de la première cohorte du Programme!


Le Programme de leadership mondial rassemble une cohorte diversifiée de professionnels canadiens en milieu de carrière de tous les secteurs pour explorer les forces qui façonnent notre monde et établir des liens avec d’autres personnes déterminées à bâtir un monde plus pacifique, plus prospère et plus pluraliste pour tous. ​En savoir plus sur le programme.