Le leadership en perspective est une série de profils de participants au Programme de leadership mondial de la Fondation. Des artistes, des philanthropes, des cadres en finances et des médecins, voilà quelques-uns des dirigeants mondiaux de la Fondation. Ils sont tous déterminés à renforcer le rôle du Canada dans la résolution des problèmes mondiaux et locaux et dans la création d’un monde plus prospère, pacifique et pluraliste.

Natasha Lay est la directrice générale du Bow Valley Immigration Partnership. Avec une expérience dans la collaboration intersectorielle, l’engagement communautaire et le dialogue inclusif, elle transforme les idées en solutions pratiques en vue de renforcer les communautés. Sa perspective est façonnée par un parcours multiculturel : elle a grandi en Australie dans une famille chinoise Hakka avec des racines au Timor oriental, avant d’immigrer au Canada. La navigation dans ces identités à couches multiples a approfondi sa compréhension de l’empathie et de l’appartenance et a façonné son style de leadership. Elle est passionnée par l’action locale, et elle aide les communautés à concevoir des solutions qui favorisent la résilience et l’inclusion.
Visitez notre page sur le Programme de leadership mondial pour en savoir plus sur Natasha.
AKFC : Qu’est-ce qui vous a amenée à poursuivre votre carrière actuelle? Y a-t-il eu un moment particulier, une personne ou un problème social qui vous a fait avancer dans cette direction?
Natasha Lay : J’ai passé la majeure partie de ma vie à chercher l’appartenance tout en naviguant dans plusieurs identités. Mes parents ont fui la guerre au Timor oriental au début des années 1980 et ont recommencé leur vie dans le sud-ouest de Sydney, en Australie. J’ai l’air Chinoise, mais ma famille s’identifie comme timoraise. Je suis née en Australie, mais cela ne fait pas nécessairement de moi une Australienne. Je suis maintenant une immigrante au Canada, et je cherche à comprendre ce que cela signifie d’être ici.
Voir mes parents surmonter les difficultés, apprendre une autre langue et construire une vie où ils ne connaissaient personne m’a montré ce qu’est le courage. Cela m’a aussi fait réaliser qu’il est injuste que mon lieu de naissance détermine les possibilités auxquelles j’ai accès. Cette recherche constante pour trouver ma place, combinée à la réalisation de cette injustice, a façonné ma façon de voir le monde et mon chemin professionnel.
À l’école, je me suis jointe à un groupe de justice sociale et j’ai soudain trouvé les mots pour exprimer ce que je ressentais depuis longtemps. C’est là que j’ai réalisé que le code postal dans lequel une personne naît ne doit pas dicter son avenir, et j’ai décidé de passer à l’acte. À 15 ans, j’ai commencé à faire du bénévolat au sein de mon conseil jeunesse local. C’est là que j’ai découvert que je pouvais rassembler les gens et faire bouger les choses. À 17 ans, j’organisais des forums pour les jeunes. J’ai obtenu une subvention d’Action Jeunesse pour mener un projet de mini-subventions, afin de permettre à d’autres jeunes leaders de lancer leurs propres initiatives. Une de ces jeunes personnes a organisé des ateliers sur le climat dans son école. Une autre a organisé une collecte de fonds par le biais d’un concours de musique.
Mais je n’ai jamais voulu être une vedette. Il s’agissait plutôt d’ouvrir des portes pour permettre à d’autres de passer. Cet esprit d’autonomisation m’a conduite à la Coalition australienne des jeunes pour le climat, où j’ai emmené des délégations de jeunes aux conférences des Nations Unies sur le climat à Copenhague, Cancún et Doha, afin d’exercer de la pression sur le gouvernement australien pour qu’il prenne de meilleures décisions en matière de climat.
Mes objectifs n’ont pas changé depuis mes 15 ans : rassembler les gens, créer de l’équité pour que tout le monde puisse s’épanouir et garder espoir en un avenir meilleur. Mon travail consiste à renforcer l’autonomisation et la passion chez autrui. Je connais le sentiment de chercher sa place dans la vie. Voilà pourquoi mon travail vise à aider les gens à trouver leur pouvoir et leur but, en particulier les personnes qui cherchent encore à savoir où ils doivent être.
AKFC : Qu’est-ce qui vous motive?
NL : L’espoir. Les possibilités. Le plaisir de voir ce que nous pouvons accomplir lorsque nous nous concentrons sur ce que nous avons en commun et travaillons ensemble sur une vision commune.
Assister aux conférences de l’ONU sur le climat a été un tournant. Je suis allée à Copenhague en 2009 en croyant que les dirigeants du monde allaient mener une action climatique audacieuse. Mais je suis repartie en réalisant que le vrai changement vient des gens, et non des politiciens. C’était décevant, c’est sûr, mais cela a aussi tout clarifié. Si nous voulons un monde meilleur, nous devons le construire nous-mêmes.
Aujourd’hui, je vis dans une région rurale de l’Alberta après avoir quitté l’Australie en 2019, et j’ai l’occasion tous les jours de réunir les alliés les plus improbables. Dans le cadre de mon rôle au sein du Bow Valley Immigration Partnership, je rassemble des municipalités, des entreprises, des secteurs de la santé et de l’éducation, des organismes de nouveaux arrivants, des résidents et d’autres intervenants autour d’une stratégie commune de quatre ans pour créer une région plus accueillante et inclusive. Ensemble, nous améliorons les résultats en matière d’inclusion en milieu de travail, de lutte contre le racisme, de logement, de santé, de participation civique, et plus encore.
Au cours des cinq dernières années environ, l’inclusion est passée d’une conversation difficile à une réalité concrète dans tous les programmes locaux. La demande pour nos programmes a augmenté, plus d’organisations que jamais sont intéressées à travailler ensemble, et de plus en plus de communautés partout au Canada nous demandent de les encadrer. Lors des récentes élections municipales, la majorité des candidats ont parlé d’inclusion. En 2021, c’est à peine si on en parlait.
Je vois les gains à court terme et les changements à long terme se produire simultanément, et c’est ce qui me motive à continuer. Je veux regarder en arrière un jour et savoir que mes actions ont contribué à quelque chose de beaucoup plus grand que moi, même si je n’étais qu’une pièce parmi tant d’autres sur l’échiquier.
AKFC : Qu’est-ce qui vous a inspirée à postuler au Programme de leadership mondial?
NL : Tout ce que j’ai réalisé a été possible parce que les gens m’ont ouvert des portes. Le Programme de leadership mondial semble être l’une de ces portes transformatrices, et je suis enthousiaste à l’idée de la franchir.
J’en suis à un tournant dans mon parcours. Les prochaines étapes définiront l’impact que je peux avoir dans les prochaines décennies. J’ai des compétences variées en organisation, en représentation des intérêts, en programmes et projets, en communication et en développement communautaire. Mon défi consiste maintenant à trouver une orientation. Je veux plus de clarté sur la façon de maximiser mon impact à long terme afin de pouvoir regarder en arrière dans quelques années et ressentir de la fierté. J’en suis encore à l’étape de définir à quoi ressemblera ce chemin.
J’ai fait du travail dont je suis fière. J’ai amplifié des milliers de jeunes voix australiennes à l’ONU. J’ai créé de l’espace pour les groupes marginalisés au niveau régional. Mais je sais qu’il y a tellement plus que je peux apprendre et faire avec un mentorat et un soutien appropriés.
Ce qui m’excite le plus, ce sont les gens. La partie la plus précieuse de mon travail a toujours été les relations que j’ai construites avec des humains remarquables qui font du bien dans le monde. J’aimerais avoir plus de connexions intentionnelles comme ça. J’ai vu comment des solutions novatrices émergent lorsqu’on réunit des gens qui ont des expériences et des points de vue très différents. Je veux apprendre de divers leaders et être mise au défi par gens qui en savent plus que moi. Je suis prête à sortir de ma zone de confort, à élargir ma façon de penser et à grandir d’une manière que je ne peux pas encore imaginer.
AKFC : Avez-vous des questions ou des curiosités que vous avez hâte d’explorer dans le cadre du programme?
NL : Je suis sans cesse curieuse de savoir comment traduire la maxime « penser à l’échelle mondiale, agir à l’échelle locale » en solutions évolutives et à long terme. Pour l’instant, je travaille en développement communautaire local au niveau micro. Mon objectif est de voir ces efforts répercuter au niveau macro, mais j’apprends encore comment ces deux échelles fonctionnent ensemble. Comment pouvons-nous changer les systèmes de façon réaliste lorsque nous travaillons avec un temps, des ressources, une capacité et une volonté limités? Je n’ai pas encore de réponses.
La représentation du leadership me fascine. Plus nos équipes de direction sont diversifiées, plus nos décisions et nos résultats sont bons. Mais je veux comprendre ce qu’il faut vraiment pour changer ce système et faire de l’équité la norme plutôt que l’exception. Quelles sont les étapes concrètes? Qu’est-ce qui manque?
Je suis également impatiente de plonger dans le leadership éthique et le changement systémique. Comment travailler de façon stable, concentrée et percutante tout en motivant autrui à agir? Comment garder espoir lorsque les systèmes évoluent si lentement? Ce sont des questions auxquelles je me heurte régulièrement.
AKFC : Y a-t-il autre chose que vous aimeriez ajouter?
NL : Le leadership ne consiste pas à agir seule au front, mais plutôt à faire équipe avec des gens qui croient en vous dès le début et avancent avec vous vers l’inconnu.
L’espoir et la connexion me motivent à continuer, dans un contexte où l’équité doit devenir plus qu’une simple valeur. L’équité est en fait le pont qui doit nous permettre de passer d’une mentalité du « nous contre eux » à une mentalité du « nous tous ensemble ». Je m’engage à éliminer les obstacles, à ouvrir des portes et à faire en sorte que les grandes idées deviennent concrètes et accessibles dans notre vie quotidienne.
Ce programme semble être la prochaine étape pour me joindre à un cercle de leaders disposé·e·s à agir et à se laisser transformer par lui. Je veux devenir plus audacieuse et me laisser inspirer par le courage qui m’entoure afin de faire de plus grands pas. Ensemble, en tant que réseau de leaders basés partout au Canada, nous pouvons mettre à profit les forces uniques de chaque communauté pour susciter un changement réel.
Ma vision est de créer des vagues d’impact positif qui, ensemble, deviennent quelque chose de bien plus grand que chaque vague individuelle. Lorsque nous regardons en arrière, je veux que nous soyons fiers de ce que nous avons bâti – un héritage d’espoir, de connexion et d’équité qui continuera d’inspirer et d’élever les générations futures.
Cette entrevue a été réalisée avant la tenue du Programme de leadership mondial de 2025 à Ottawa. Elle a été modifiée à des fins de longueur et de clarté.
Natasha Lay fait partie de la cohorte 2025-2026 du Programme de leadership mondial de la Fondation Aga Khan Canada.
