Le leadership en perspective est une série de profils de participants au Programme de leadership mondial de la Fondation. Des artistes, des philanthropes, des cadres en finances et des médecins, voilà quelques-uns des dirigeants mondiaux de la Fondation. Ils sont tous déterminés à renforcer le rôle du Canada dans la résolution des problèmes mondiaux et locaux et dans la création d’un monde plus prospère, pacifique et pluraliste.

Tanya Rumble est une dirigeante de collecte de fonds reconnue à l’échelle nationale, nommée parmi les 100 femmes les plus influentes du Canada en 2023. Au cours de ses quelque 15 ans d’expérience, elle a amassé des millions de dollars pour des institutions de premier plan, dont la Fondation des maladies du cœur, la Société canadienne du cancer, l’Université McMaster et l’Université Toronto Metropolitan, où elle est actuellement directrice générale du Développement des initiatives. En tant que co-fondatrice de Recast Philanthropy, Tanya est une artisane du changement dans le secteur caritatif, faisant progresser les approches réparatrices axées sur l’équité en matière de dons.
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AKFC : Qu’est-ce qui vous a amenée à faire carrière dans la collecte de fonds et la philanthropie?
Tanya Rumble : J’ai commencé ma carrière dans le domaine de la santé publique, et la question de l’équité en santé et des déterminants sociaux de la santé m’a passionnée. Mais lorsqu’on travaille dans le domaine des programmes de santé à l’échelle de la population, le changement s’opère à très long terme. Je voulais faire une transition vers un travail qui me semblait plus entrepreneurial, mais toujours lié à la santé, à l’équité et à d’autres valeurs que je croyais importantes. Cela m’a menée à une carrière dans la collecte de fonds pour la santé.
Le programme Diversecity Fellows a beaucoup influencé mon parcours. Cette occasion de travailler au sein d’un groupe de personnes issues de différents secteurs et possédant des identités et expériences variées m’a fait réaliser que je voulais être plus entrepreneuriale dans l’orientation de mon travail.
Je travaille en collecte de fonds depuis 15 ans. Au cours des huit dernières années environ, mon travail soutient l’éducation supérieure. Je pense que ce qui m’a amenée [ici], c’est de comprendre que les changements systémiques dans ce secteur dépendent de dons très substantiels, et je voulais avoir de l’influence dans ces espaces.
AKFC : Qu’est-ce qui vous motive?
TR : J’ai construit beaucoup de relations durables dans ce travail et j’apprécie vraiment le secteur. Je passe beaucoup de temps à réfléchir à la façon d’améliorer la pratique de la philanthropie et la profession de collecte de fonds pour qu’elle reflète vraiment les valeurs de la charité, c’est-à-dire l’amour de l’humanité. Mais la charité aime-t-elle l’humanité de toutes les personnes? Et les personnes qui contribuent à ce travail sont-elles toutes aimées à parts égales?
Je dirige une société de conseil née pendant la pandémie, Recast Philanthropy, qui a commencé comme une communauté de pratique et qui a conservé cette orientation. Nous parlons de ces sujets complexes dans le cadre de la collecte de fonds et de la philanthropie. Cela a commencé en réponse aux soulèvements de justice raciale qui se produisaient dans le monde entier sur de nombreux campus universitaires. Les protestations visaient à changer le nom d’espaces qui avaient été nommés en l’honneur de personnes qui avaient commis des actes impardonnables.
Je pense qu’il y a des façons de faire progresser la réconciliation, la décolonisation, l’EDI, l’éthique et la justice climatique par la collecte de fonds. Nous pouvons nous aligner davantage sur nos valeurs organisationnelles et nos priorités dans la façon dont nous recueillons les ressources pour appuyer notre travail. Et je pense que cela commence par la communauté.
Je suis constamment inspirée par les communautés qui animent ce secteur. On en parle peu dans le secteur de la collecte de fonds et de la philanthropie : la raison d’être des organismes de bienfaisance n’est pas de simplement remettre des reçus d’impôt. Ils existent parce qu’ils doivent servir un bien public. On l’oublie parfois. Mon travail consiste à renouer avec les communautés qui sont soutenues par ces organisations, parce que je pense que partout où il y a des défis sociaux, politiques, environnementaux et liés aux ressources, les personnes qui sont les plus proches de ces défis sont celles qui ont les solutions les plus prometteuses, celles qui comprennent le mieux la profondeur des problèmes et des solutions. Je pense qu’il y a beaucoup de points positifs dans le travail que je fais, et je me sens infiniment inspirée.

AKFC : Qu’est-ce qui vous a inspirée à postuler pour le Programme de leadership mondial?
TR : J’ai profité de nombreuses occasions de développement du leadership tout au long de ma carrière. J’ai eu la chance de côtoyer intentionnellement des personnes qui ont des expériences vécues, des expériences professionnelles et des identités différentes des miennes.
J’ai aussi grandi dans un pays musulman. Je suis un enfant de la troisième culture. Je suis née au Canada de deux parents non canadiens, j’ai grandi aux Émirats arabes unis, puis je suis revenue au Canada plus tard. Étant issue d’un contexte multiconfessionnel et multiracial, je suis très à l’aise dans les espaces liminaux. Je pense que c’est dans ces espaces que nous trouvons le plus de compréhension, un plus grand sentiment d’appartenance, de meilleures solutions aux défis complexes de notre temps, et un plus grand sentiment d’identité pour nous-mêmes.
Ce programme semblait comporter beaucoup de ces éléments, compte tenu de l’accent mis sur le pluralisme et sur les gens de partout au pays qui ont une expérience vécue, des expériences professionnelles et des identités très variées.
AKFC : Avez-vous des questions ou des curiosités que vous avez hâte d’explorer dans le cadre du programme?
TR : Je pense que nous sommes à un moment intéressant en ce qui concerne la démocratie et les frontières. Le climat géopolitique est très tendu, et il y a beaucoup de désinformation qui circule. Je pense qu’il y a aussi beaucoup de marginalisation et de gens qui se sentent privés de leurs droits et de moyens d’influencer leur communauté, leur nation et leur communauté mondiale. [J’aimerais également explorer] comment nous pouvons aider à construire un capital social dans un monde où les gens se sentent de plus en plus démunis à bien des égards.
AKFC : Y a-t-il autre chose que vous aimeriez ajouter?
J’aimerais souligner le travail que j’ai fait à la fois sur les politiques et les pratiques d’acceptation des dons – il s’agit de la façon dont nous infusons les valeurs organisationnelles dans la transaction philanthropique.
[Je partage également] certains de mes travaux et écrits sur les approches réparatrices de la philanthropie, ancrées dans les valeurs autochtones. Ce sont des thèmes que j’espère que nous aurons l’occasion d’explorer ensemble.
Cette entrevue a été réalisée avant la tenue du Programme de leadership mondial de 2025 à Ottawa. Elle a été modifiée à des fins de longueur et de clarté.
Tanya Rumble fait partie de la cohorte 2025-2026 du Programme de leadership mondial de la Fondation Aga Khan Canada.
