Visages du leadership est une série d’entrevues avec les participant·e·s et les ancien·ne·s du Programme de leadership mondial de la Fondation Aga Khan Canada. Des artistes aux philanthropes, en passant par les cadres des finances et les médecins, les dirigeants mondiaux de la Fondation sont tous déterminés à renforcer le rôle du Canada dans la résolution des problèmes mondiaux et locaux et dans la création d’un monde plus prospère, pacifique et pluraliste.

Israel Ekanem est un conteur, cinéaste et DJ nigéro-canadien. En tant que fondateur d’Ubuntu Media, il a produit des films acclamés, dont Noyez les amoureux et Tuez vos maîtres (Drown the Lovers et Kill Your Masters). Connu sous le nom de DJ Ubuntu, il mélange musique et narration, gère des artistes comme Mayaya et anime The Off Kilter Show sur CKDU Radio. Il a fondé Ubuntu Podcast Network pour élever les voix locales. À travers le cinéma, la musique et le récit, Israel favorise l’empathie et les liens culturels, croyant au pouvoir des histoires pour transformer le monde. Pour en savoir plus sur Israel, consultez la page de la cohorte 2025 du Programme.
Fondation Aga Khan Canada : Qu’est-ce qui vous a inspiré à poursuivre votre carrière de conteur?
Israel Ekanmen : C’est vraiment ma grand-mère qui m’a appris cet art. Raconter des histoires est une façon de la garder vivante en moi. Ma grand-mère était une femme très sage. Les leçons qu’elles me donnaient restaient avec moi, et je ne comprenais pas pourquoi.
En vieillissant, j’ai réalisé que les leçons qui me restaient étaient celles que je recevais sous forme d’histoires. C’est à ce moment-là que j’ai compris la puissance des histoires. Pour moi, la narration visuelle est un excellent moyen de faire passer un message.
J’ai toujours voulu faire du cinéma. J’adorais regarder des films en grandissant. J’ai toujours voulu trouver une façon de raconter des histoires. Ce que je constate, c’est qu’avec une histoire, peu importe d’où vient la personne, quelle langue elle parle, sa race [ou son] âge, l’histoire a le pouvoir d’unir les gens parce que c’est quelque chose qui nous interpelle tous.
Fondation Aga Khan Canada : Qu’est-ce qui vous motive à continuer de faire le travail que vous faites aujourd’hui?
IE : L’histoire, pour moi, c’est vraiment une question de changement. Vous regardez un film, un personnage commence d’une certaine façon, et à la fin du film, il a changé, souvent d’une manière positive. C’est ce que fait l’histoire : [elle] conduit au changement.
Si vous voulez une transformation, si vous voulez avoir un impact, racontez des histoires. Ce qui me motive, c’est le changement positif que la narration apporte. C’est aussi une façon vraiment géniale de rencontrer des gens, que ce soit par baladodiffusion, en écrivant une nouvelle ou en réalisant un documentaire. C’est une façon de se connecter aux autres.
La communauté résonne vraiment avec moi. Ubuntu – c’est [le nom de] mon entreprise – [vient d’un] mot sud-africain qui signifie que nous sommes tous ici les uns pour les autres. Quelle que soit la difficulté ou ce qui se passe à l’échelle mondiale, la communauté est quelque chose dont nous avons tous besoin. La narration aide à trouver les personnes qui vous comprennent et à partager des choses avec elles.

Fondation Aga Khan Canada : Y a-t-il un problème particulier que vous aimeriez aborder – ou un changement que vous aimeriez apporter – à travers votre art de conteur?
J’ai grandi en regardant beaucoup la télévision, et c’était génial, mais rien de tel que de voir quelqu’un qui vous ressemble et qui parle comme vous faire des trucs sympas. C’est pourquoi Black Panther était si important à l’échelle mondiale. Il n’est pas réel, mais son écho a été énorme.
Pour moi, le changement que je veux voir, c’est créer des plateformes qui célèbrent les voix diverses – pas seulement les personnes de couleur, mais aussi les personnes queer. Lorsque vous voyez quelqu’un qui partage une expérience vécue avec vous, cela vous inspire à en faire plus.
Fondation Aga Khan Canada : Qu’est-ce qui vous a amené à postuler au Programme de leadership mondial?
IE : Mon père travaillait dans une agence d’aide humanitaire à Ottawa, et je me souviens d’avoir vu cet incroyable bâtiment. Il m’a parlé de la Fondation Aga Khan Canada, et j’ai commencé à lire le bulletin.
Il y a des années, la Fondation a présenté une exposition itinérante au Quai 21 à Halifax, et j’y suis allé. À l’époque, j’ai découvert le Programme de stages pour jeunes en développement international, mais j’étais trop vieux pour postuler. Je voulais juste trouver une façon de contribuer à ce que la Fondation faisait.
Puis j’ai trouvé ce programme et je me suis dit : « Bien sûr que je dois postuler! » [J’ai été inspiré par] le calibre des anciens participants. Je n’ai pas reçu de réponse la première fois, alors je me suis mieux renseigné sur le programme et j’ai postulé à nouveau. Je veux apprendre des gens et je veux qu’ils apprennent de moi. Je savais que ce programme était pour moi.

Fondation Aga Khan Canada : Qu’est-ce que le leadership mondial signifie pour vous?
IE : Le leadership mondial est important pour moi. J’étais l’aîné dans ma famille, et en Afrique, cela entraîne des responsabilités. Le leadership me semble inné, mais ce que j’ai réalisé, c’est que j’aime la responsabilité plus que le pouvoir. Être responsable des personnes qui ont été confiées à vos soins – ça me tient à cœur.
Ce programme semblait juste. En tant que leader, si vous voulez créer un endroit où les gens se sentent en sécurité, vous avez besoin d’éducation. Parfois, je dois improviser, et je voulais des outils concrets.
Je suis originaire du Nigeria, j’ai vécu en Afrique du Sud et je suis maintenant au Canada. Je suis un citoyen du monde, et tous ces éléments m’ont amené ici.
Fondation Aga Khan Canada : Qu’est-ce que vous êtes le plus curieux d’explorer à travers le programme?
IE : Nous avons déjà eu des ateliers qui ont été très instructifs. Celui sur le pluralisme m’a particulièrement marqué. Je ne connaissais même pas ce concept. La diversité est formidable, mais je vois à quel point le pluralisme peut avoir un impact, et je veux en apprendre davantage sur ce concept.
Je m’intéresse également à la façon dont la créativité et la narration s’intègrent dans des secteurs comme la politique, la gouvernance et le travail communautaire. Les gens de ma cohorte sont des médecins et des diplomates, et je veux recueillir le plus de renseignements possible auprès d’eux tout en donnant de moi-même.
Le monde est merveilleux, mais il traverse aussi une période de turbulence. Je veux apprendre à être un meilleur leader mondial – comment être réaliste et pragmatique, mais toujours penser à des façons positives d’influencer le monde dans lequel nous vivons.
Plus important encore, je ne veux pas que cet apprentissage s’arrête avec le programme. Je veux que tout ce que j’apprends soit durable et continu, pas seulement pour un an, mais à long terme.

Fondation Aga Khan Canada : Y a-t-il autre chose que vous aimeriez partager?
IE : J’avais l’intention de continuer de postuler chaque année jusqu’à ce qu’on m’admette, donc je suis vraiment heureux d’être ici. Tout revient à la communauté – nous avons créé un groupe WhatsApp, et nous sommes sur le point de passer des jours ensemble à apprendre et à grandir.
Je veux apprendre, et je veux contribuer. J’ai eu un peu le syndrome de l’imposteur en voyant les noms des membres de la cohorte, mais je sais aussi que si vous êtes sélectionné·e, vous appartenez. Je veux nouer des relations qui m’aideront à grandir, non seulement au Canada, mais à l’échelle mondiale.
Cette entrevue a été réalisée avant la résidence du Programme de leadership mondial de 2025 à Ottawa. Elle a été modifiée à des fins de longueur et de clarté.
Israel Ekanem a fait partie de la cohorte 2025 du Programme de leadership mondial de la Fondation. Veuillez cliquer ici pour plus de détails.
