La technologie numérique a transformé nos modes de vie et de travail, ouvrant la voie vers de nouvelles opportunités sociales et économiques.
Mais au Pakistan, la fracture numérique entre les genres est profonde : seulement 26 % des femmes ont accès à Internet, contre 47 % des hommes.
Les femmes font face à des défis importants pour accéder aux technologies numériques et les utiliser, comme l’abordabilité, le manque d’éducation et les obstacles socioculturels. Ce manque d’exposition à la technologie et l’écart dans les compétences numériques signifient que les femmes risquent d’être laissées pour compte, car la technologie est de plus en plus intégrée dans la vie quotidienne et essentielle pour accéder aux possibilités économiques, à l’éducation, aux soins de santé et à l’inclusion sociale.
Au Gilgit-Baltistan, une région montagneuse du nord du Pakistan, le terrain accidenté et les infrastructures inadaptées qui relient la région au reste du pays accentuent ces obstacles aux opportunités sociales et économiques.

Nadia s’intéresse à la technologie depuis son plus jeune âge.
« Je me souviens que lorsque j’avais dix ans, ma famille avait un ordinateur de bureau… Internet n’existait pas encore, mais j’utilisais des logiciels, explique Nadia. C’est cet ordinateur qui m’a motivée à me lancer dans les sciences informatiques. »
Cela s’est transformé en un diplôme universitaire en informatique et en une carrière dans l’industrie des technologies. Nadia a fondé Tech Alphalogix avec son mari Shaukat, un professionnel de la publicité, après avoir déménagé de Lahore au Gilgit-Baltistan, où ils ont tous deux eu du mal à trouver du travail dans leurs industries respectives.

« Je n’aurais jamais pensé que je ferais ce genre de travail, explique Nadia. Je savais que je ne voulais pas d’emploi de neuf à cinq parce que j’avais mes deux enfants à l’époque… [et] quand nous avons déménagé ici, nous avons vu qu’il n’y avait pas assez d’opportunités, en particulier dans mon domaine. Et de même pour mon mari, il n’y avait pas beaucoup d’agences de publicité. »
Tech Alphalogix est passée d’une pièce dans la maison de Nadia à une agence technologique complète, offrant des services de développement Web, de développement mobile, d’UX/UI, de conception graphique et de marketing dans les médias sociaux.
Nadia a été approchée par le Programme Aga Khan de soutien rural (AKRSP), l’un des partenaires de la Fondation Aga Khan Canada, pour aider à soutenir les possibilités de formation et de mentorat pour les jeunes du Gilgit-Baltistan.
En partenariat avec l’AKRSP, Accélérer la prospérité et des organisations locales au Pakistan, la Fondation Aga Khan Canada a travaillé avec plus de 2 000 entreprises comme Tech Alphalogix, dans le cadre du programme Élargir la transformation économique et sociale pour l’autonomisation et le rétablissement économiques des femmes (BEST4WEER), financé par le Canada. Le programme BEST4WEER vise à améliorer le développement social et économique, en mettant l’accent sur le soutien aux femmes et en aidant les collectivités à réduire les obstacles à l’emploi qui sont liés au genre.
La première cohorte de Tech Alphalogix comptait 22 stagiaires, en majorité des femmes, dont Shahzia.

Shahzia avait 17 ans lorsqu’elle a vu un ordinateur pour la première fois.
« Avant, nous n’avions pas autant d’opportunités que dans les grandes villes, explique Shahzia. J’ai longtemps été à la maison à ne rien faire. »
Lorsque le frère de Shahzia lui a parlé d’un programme d’apprentissage dans une entreprise de TI de sa communauté, Shazia a postulé pour acquérir de nouvelles compétences. Elle y a rencontré Nadia, présidente et cofondatrice de Tech Alphalogix.

« Avant de suivre la formation, je manquais de direction et je ne savais pas comment appliquer mes intérêts dans un cadre professionnel, se rappelle Shahzia. Aujourd’hui, j’ai acquis des compétences techniques, j’ai développé un portefeuille professionnel et j’ai même décroché de véritables opportunités de travail. Cela m’a ouvert des portes dans le domaine de la technologie et de l’analyse des données et m’a donné une indépendance financière et un sentiment d’utilité. »
Après avoir terminé sa formation, Shahzia a été embauchée comme employée à temps plein chez Tech Alphalogix, et elle dirige maintenant l’équipe d’analystes de données.
Nadia est toujours en contact avec d’autres anciens stagiaires, qui – à l’instar de Shahzia – ont fait carrière dans le secteur des TI. « Deux d’entre elles ont maintenant leur propre entreprise, et quelques-unes sont devenues indépendantes », ajoute Nadia.

Nadia continue de bâtir un avenir meilleur pour elle-même et pour d’autres femmes grâce au réseautage, à la réflexion conceptuelle et à la formation en leadership.

« Les femmes leaders du secteur ont besoin de plus d’opportunités, dit Nadia. L’exposition est très importante. Si je n’avais pas été exposée à ces opportunités, je n’aurais pas su qu’elles existaient. Et si je n’avais aucune expérience, je ne saurais pas poursuivre ces opportunités. »
En tant que présidente et chef de file, Nadia est devenue un modèle inspirant pour de nombreuses jeunes femmes comme Shahzia, qui poursuivent maintenant leurs rêves.
Aujourd’hui, Nadia a élargi ses activités, passant de la formation et des possibilités d’emploi à la défense de l’industrie informatique du Gilgit-Baltistan.
« Je [veux] relever les défis auxquels le secteur informatique est confronté en ce moment, en particulier les problèmes d’infrastructure, de main-d’œuvre qualifiée, de politique et de réglementation. En ce moment, je travaille à combler le fossé entre Gilgit et le reste de l’industrie informatique du Pakistan », explique Nadia.
Le terrain difficile du Gilgit et son infrastructure limitée font que la connectivité n’est pas toujours une donnée certaine – un défi majeur pour le Gilgit-Baltistan, en particulier pour le secteur informatique.

« Nous rencontrons généralement des problèmes de coupures de fibre, et parfois de déconnexion, ce qui crée beaucoup d’obstacles. En hiver, nous n’avons parfois que deux heures d’électricité. Cela rend le travail numérique difficile », ajoute Nadia
Nadia travaille actuellement sur des politiques visant à soutenir les investissements pour les entreprises qui veulent passer à la production d’énergie renouvelable afin de devenir plus autosuffisantes et indépendantes de l’approvisionnement intermittent en électricité. Elle fait également partie de nombreux conseils et comités consultatifs qui œuvrent au renforcement de l’industrie informatique du Gilgit-Baltistan.
Dans le cadre du programme BEST4WEER, la Fondation Aga Khan s’efforce également d’établir davantage de plateformes informatiques pour soutenir les possibilités d’apprentissage et de travail, tout en renforçant l’infrastructure numérique dans la région. Le Réseau Aga Khan de développement s’est récemment associé au gouvernement pakistanais pour créer un nouveau parc de technologies logicielles à Hunza, qui aidera à connecter et à renforcer l’infrastructure informatique dans la région du Gilgit-Baltistan, en mettant l’accent sur la connexion des communautés rurales et éloignées.
« Mon rêve est que le Gilgit-Baltistan devienne comme Silicon Valley, déclare Nadia. Je veux que Gilgit soit le visage de l’industrie informatique au Pakistan. C’est ce que je vise. »

Pour en savoir plus sur la façon dont la Fondation Aga Khan aide les communautés à débloquer des possibilités de travail numérique, découvrez l’Initiative pour l’avenir du travail.
Crédits photos : Danial Shah / AKFC
