Dépêche des stagiaires : Autonomiser les adolescentes grâce aux coupes menstruelles

Sarah Abbott a été placée à Kampala, en Ouganda, dans le cadre du Programme de stages pour jeunes en développement international.


Je n’aurais jamais cru que ce stage m’apporterait une telle passion pour un objet tout simple qui change la vie de tant de personnes : la coupe menstruelle.

Souvent, nous oublions que nous vivons avec le privilège de ne pas avoir à nous soucier de la gestion de notre prochain cycle menstruel : comment aller au travail ou à l’école, voir nos pairs, jouer, aller chercher de la nourriture ou de l’eau, ou simplement sortir de la maison. Lors de ma première visite à Yumbe, j’ai parlé avec des femmes et des filles de la communauté. Nos conversations m’ont ouvert les yeux non seulement sur les défis auxquels ces filles sont confrontées dans la gestion de leurs règles, mais aussi sur l’immense impact qu’une simple coupe menstruelle peut avoir. Yumbe est un district rural situé dans le nord de la région du Nil occidental en Ouganda.

Des pancartes dans des cours d’école pour lutter contre la stigmatisation autour des menstruations.

La première chose que j’ai apprise, c’est que, pour certaines filles, le premier cycle menstruel marque la fin de l’enfance. Leurs parents, leurs voisins et leurs pairs les voient dorénavant comme des femmes à qui il incombe désormais de subvenir aux besoins d’autrui. Des élèves nous ont raconté : « Une fois qu’une fille a ses règles, on pense qu’elle est prête à se marier. » « J’ai entendu parler des règles à l’école. J’étais dans le jardin et j’ai vu du sang, alors je suis rentrée chez moi en courant pour me mettre un tissu. Mais je n’en ai pas parlé à mes parents. Je ne leur ai toujours pas dit. »

J’ai aussi appris que les familles n’ont souvent pas les moyens d’acheter des produits menstruels chaque mois. Imaginez avoir 14 ans et devoir recueillir des fonds pour acheter des produits menstruels chaque mois. Imaginez que vous craignez – si vous n’arrivez pas à recueillir les fonds – d’être couverte de honte par votre communauté. Que feriez-vous? Considérez la vulnérabilité d’une telle position. Dans la région, le manque d’accès aux produits menstruels est un facteur important de décrochage scolaire et de grossesse chez les adolescentes. Tout le monde sait que les femmes sont vulnérabilité lorsqu’elles ont besoin de produits d’hygiène menstruelle, mais malheureusement certaines filles se font exploiter ou manipuler par les garçons et les hommes de la communauté qui leur offrent des produits d’hygiène menstruelle. « Et puis une serviette menstruelle devient un bébé… ». Je n’aurais jamais pensé entendre ce genre de chose, et je ne suis pas prête de l’oublier.

Groupe de discussion composé d’enseignants, de pères, de maris, de femmes et de filles du district. Comme les hommes contrôlent souvent les finances du ménage, ce sont eux qui décident si leur femme ou leur fille peut acheter ou utiliser une coupe menstruelle. Le soutien des hommes dans la communauté est un facteur important de la participation. Une fois rassurés sur la sécurité de la coupe menstruelle, de nombreux hommes ont immédiatement vu les avantages économiques de ce produit. Si elle est bien entretenue, une coupe menstruelle peut durer dix ans, ce qui en fait une solution à long terme.

Grâce à un processus de conception centré sur l’humain, des équipes de membres de la communauté locale du district de Yumbe ont travaillé ensemble pour identifier la menstruation comme un obstacle principal à l’éducation dans leurs communautés.

La solution a consisté à fournir des coupes menstruelles et une formation sur la gestion de la santé menstruelle à 1 500 filles scolarisées dans le district. Le défi : une combinaison de stigmatisation, de honte et de désinformation entourant les règles et de la coupe menstruelle. Une fille m’a raconté un de ces mythes : « Si tu grimpes un arbre fruitier lorsque tu as tes règles, il ne produira plus jamais de fruits. » Malgré les hésitations initiales des communautés, nous avons rapidement pu constater le pouvoir d’offrir des connaissances sur la coupe menstruelle, en créant des espaces sûrs où les gens peuvent poser des questions et exprimer leurs préoccupations. À la suite d’un projet pilote avec 50 filles, nous avons entendu d’extraordinaires témoignages de confiance retrouvée à l’école. « Vous pouvez aller n’importe où avec, et vous n’avez pas à vous soucier de la laver. En classe, je peux me concentrer. Je n’ai pas à m’inquiéter et je peux oublier que j’ai mes règles. »

Grâce à ce processus, nous avons vu une forte croissance de la demande pour les coupes menstruelles dans la région à mesure que les communautés commençaient à voir l’impact positif de cet objet tout simple. Tant les hommes que les femmes souhaitent une plus grande distribution.

Préparation de formatrices locales qui vont éduquer les filles sur la coupe menstruelle et la gestion de la santé menstruelle. Les formatrices ont également appris l’importance d’une collecte de données de haute qualité et les compétences nécessaires pour soutenir la Fondation Aga Khan afin de prouver l’impact du projet.

Enfin, après des mois de préparation et d’anticipation, nous étions prêts à commencer la distribution de 1500 coupes menstruelles dans 31 écoles du district de Yumbe.

Mes collègues, les membres de l’équipe de conception et 24 femmes locales, chacune formée pour dispenser une éducation à la gestion de la santé menstruelle et des coupes menstruelles, se sont rassemblées dans les bureaux de la Fondation à Yumbe. J’ai compté 50 coupes pour chacune de nos 7 équipes, qui travaillent dans les nombreuses communautés de Yumbe.

Chaque équipe se voyait attribuer une école primaire par jour, où elle formait et fournissait une coupe à un maximum de 50 filles et enseignantes. Pour commencer, les formatrices ont mené une enquête auprès de chacune des filles présentes. Saisir l’impact total de ce projet sera un atout pour toute organisation qui espère mener des projets de coupe menstruelle à l’avenir.

Les membres de l’équipe rassemblent leurs coupes menstruelles et d’autres fournitures pour la journée.

Notre séance d’éducation de deux heures vise à donner aux filles les moyens de gérer leurs cycles menstruels en toute confiance. Il s’agit notamment d’aider les filles à comprendre le système reproducteur et le cycle menstruel, de lutter contre la stigmatisation et les mythes entourant la menstruation et la coupe menstruelle, et de savoir comment utiliser et prendre soin de la coupe. Les formatrices commencent par partager leurs propres expériences en matière de menstruation afin d’encourager les filles à se sentir à l’aise de parler de leur propre cycle menstruel et d’ainsi réduire le sentiment de honte lorsqu’elles parlent de leurs règles.

Une session de formation avec les participants.

La plupart des filles ont peu d’expérience dans les discussions sur la menstruation, d’où l’importance de créer un espace sûr pour le partage.

Voici quelques-unes des réflexions qu’elles nous ont confiées : « Quand j’ai senti [le sang], j’ai appelé mon amie. Je pleurais parce que j’avais peur de mourir. » « J’étais en train de chercher du bois de chauffage dans la brousse lorsque j’ai remarqué du sang. J’ai eu très peur parce que je ne savais pas ce qui m’arrivait. Je n’en ai parlé à personne et j’ai continué de me laver. Je pensais que mes organes internes étaient abîmés. Je suis allée voir ma sœur pour obtenir de l’aide, et elle est allée aviser ma mère qui m’a ensuite donné une serviette. Ma mère m’a dit que j’avais de la chance parce que l’apparition de mes règles signifiait que je pourrais un jour avoir des enfants. »

Au cours de la semaine, nous avons visité 31 écoles. À la fin du cinquième jour, 1 497 coupes menstruelles avaient été distribuées aux filles dans les écoles primaires du district. Malgré plus de 2 000 inscriptions, certaines écoles ne comptaient pas 50 filles menstruées, ce qui soulignait le besoin de trouver de meilleures solutions pour aider les filles à aller à l’école. Dans chaque école que nous avons visitée, ma collègue et moi avons rencontré toutes les enseignantes disponibles pour leur parler de la coupe et encourager plus de championnes locales au sein de la communauté. Lorsqu’on leur a donné l’occasion de tenir une coupe dans leurs mains et de poser des questions, les éducatrices ont vite compris l’impact potentiel de la coupe menstruelle sur leurs apprenantes, leurs enseignantes et les autres femmes dans leur vie.

Les formatrices s’engagent et partagent leurs propres histoires afin d’établir la confiance avec les participantes et de les encourager à partager leurs propres expériences.

Les coupes menstruelles sont une excellente solution de gestion de la santé menstruelle ainsi qu’un remarquable outil d’autonomisation des femmes et des filles.

Dans un contexte où l’accès à l’eau potable ou au savon peut être un défi, la coupe menstruelle est idéale, puisqu’elle se lave avec un minimum d’eau. Une fille peut passer 12 heures sans se soucier de devoir vider sa coupe, ce qui peut être très utile dans les endroits qui manquent d’installations d’hygiène propres et privées. Face aux difficultés économiques, les filles et leurs familles n’ont pas à s’inquiéter de devoir acheter des produits menstruels pendant une décennie.

Des filles s’exercent à plier la coupe menstruelle (à gauche) et les fournitures pour la coupe menstruelle (à droite).

Avec une coupe menstruelle, les filles font immédiatement l’expérience d’un nouveau niveau de confiance et de liberté – pour aller à l’école, se concentrer, jouer, s’aventurer en dehors de la maison. « En classe, j’arrive à me concentrer. Je n’ai pas à m’inquiéter et je peux oublier que j’ai mes règles. » « Je préfère ça aux serviettes hygiéniques, car je n’ai pas à m’inquiéter de devoir fuir la salle de classe pour me laver, et je n’ai pas besoin de toujours avoir du savon sur moi. » « Je peux passer la journée sans me préoccuper – je peux faire de longs voyages. »

En traversant les nombreux villages du Nil occidental, j’ai vécu d’innombrables moments de « pincement ». La beauté naturelle de l’Ouganda est saisissante. La gentillesse et l’accueil des communautés sont inoubliables. La résilience des femmes et des filles que j’ai rencontrées est réellement inspirante.

L’expérience et les perspectives que j’ai acquises sont inestimables. Bien qu’il nous reste encore beaucoup à faire, j’ai hâte de voir tout ce que ce projet me laissera et de pouvoir appliquer mes nouvelles connaissances à des projets d’autonomisation des femmes au cours de ma carrière.

Parler de la coupe menstruelle aux enseignants et leur permettre de soulever leurs questions ou préoccupations.