Dépêche des stagiaires : Du partenariat à la salle de jeux – Quel est l’impact réel?

Kayla Mudaliar travaille actuellement en tant que stagiaire dans le cadre du Programme de stages pour jeunes en développement international de la Fondation Aga Khan Canada. Lisez sa dépêche, envoyée de Bichkek, au Kirghizistan.


Depuis la fin de la guerre froide, le secteur du développement n’a jamais été aussi imprévisible et turbulent.

Les jeunes professionnel·le·s comme moi, tout comme les praticien·ne·s de longue date, regardent, apprennent et s’adaptent ensemble, en temps réel. C’est troublant. Je n’ai jamais détesté et aimé ce secteur autant qu’aujourd’hui.

Il s’agit de mon troisième contrat de développement international, et du troisième pays où je me suis installée pour travailler. J’ai appris très vite que pour réussir dans ce secteur, on ne peut pas avoir des « lunettes roses ». Il faut trouver un juste équilibre entre le cynisme et l’altruisme, soit un idéal réaliste. Dans un contexte où le secteur est pris à la gorge et où s’opère un virage radical de la politique mondiale, régionale et étatique vers des politiques nationalistes, cet « idéal réaliste » devient plus difficile à cerner et à conserver. Cependant, il me semble plus significatif que jamais de rencontrer les personnes et les communautés soutenues par la Fondation Aga Khan Kirghizistan, la Fondation Aga Khan Canada et Affaires mondiales Canada.

Kayla au bureau de la Fondation Aga Khan Kirghizistan. Crédit : Rich Townsend/AKFC

Dans le cadre de mon travail au sein de l’équipe des partenariats de la Fondation Aga Khan Kirghizistan, j’ai eu l’occasion de participer à une multitude de missions et de me rendre dans différents oblasts (similaires aux provinces du Canada) pour des visites sur le terrain. L’une de mes parties préférées a été l’examen des rapports de programme aux fins de soumission, puis la participation à ces programmes en personne, ce qui m’a permis de rencontrer des gens et de voir l’équipement directement lié à cela.

Un exemple de cet engagement holistique a été mon voyage de novembre 2025 à Kerben Town, dans la province de Jalalabad, pour voir les effets du programme Fondations pour la santé et l’autonomisation (F4HE). Quelques semaines avant ce voyage, j’ai révisé le rapport F4HE qui allait être envoyé à l’unité donatrice. Le rapport comportait une section sur la création d’une salle de développement de la petite enfance (DPE) ainsi qu’un bon de commande pour des jouets et des livres. Je me souviens de m’être dit en lisant cette section : « Attends… l’unité des enfants n’a pas d’aire de jeux ni de jouets? L’hôpital doit être très petit. »

Kayla à l’hôpital du district Ak-sy de Kerben. Crédit : Rich Townsend/AKFC

À mon arrivée à l’hôpital du district d’Ak-sy, j’ai réalisé que je me trompais. L’hôpital comptait de multiples unités et bâtiments, ainsi qu’un important personnel et de nombreux patients. Lors de mon deuxième jour là-bas, les employés locaux de la Fondation Aga Khan m’ont informée qu’ils apportaient les derniers jouets pour la salle de DPE. J’ai demandé si je pourrais visiter l’unité pour enfants. J’étais surprise de constater que l’hôpital n’avait pas de salle de DPE auparavant, rien pour stimuler le développement des tout-petits. Cette unité est destinée aux enfants qui nécessitent des soins intensifs ou un traitement ou qui sont trop malades pour quitter l’hôpital et ont besoin de soins 24 heures sur 24.

Le personnel m’a escortée jusqu’à la salle de DPE – qui n’avait été créée qu’une semaine auparavant – où les mères et leurs enfants étaient complètement immergés et engagés. Les enfants jouaient avec des jouets et des animaux, tandis que les mères lisaient des livres (en kirghize et en russe) aux jeunes enfants. En entrant dans la salle de DPE, je me suis sentie reconnaissante d’être autorisée à entrer dans un espace aussi sensible en tant qu’étrangère, et ma deuxième pensée était : « Je viens de lire et d’écrire à ce sujet, et maintenant je vois l’impact. »

Kayla s’entretient avec Gulzat et Ulukbek, des employés du MSDSP et de la Fondation Aga Khan Kirghizistan, et une photo de la salle de DPE.

Ce voyage de travail comprenait également des visites dans d’autres oblasts et villes où le programme F4HE fonctionne, et chaque personne avait une histoire à raconter.

À Naryn, nous avons rencontré Gulzat, une médecin qui informe sa communauté sur les meilleures pratiques de santé et qui fournit des services de qualité pour le dépistage précoce du cancer dans sa communauté. Gulzat nous a montré sa clinique, mais nous a également invités chez elle, où nous avons rencontré sa famille, chanté des chansons et participé à un festin kirghize traditionnel.

Dans le village d’Ak-muz à Naryn, nous avons rencontré Bayish – un leader communautaire qui travaille à briser les rôles traditionnels et générationnels au sein des familles. En créant des espaces d’apprentissage qui imitent les relations saines père-fils, Bayish ouvre des conversations avec les jeunes hommes sur ce que signifie être un bon père.

Lors de la dernière étape des visites sur place à Kerben Town, Jalalabad, nous avons rencontré Gulmira, une jeune femme enceinte qui suit des cours de grossesse et d’accouchement. Au cours de l’entrevue, elle nous a expliqué comment elle s’occupe de la maison, de ses deux enfants et de ses deux neveux. Le sourire sur son visage témoignait de sa résilience et de son espoir qu’à l’avenir, sa communauté et ses enfants auront plus de connaissances et un meilleur accès aux soins de santé grâce au projet F4HE.

Photos de programmes de santé et d’égalité entre les genres que Kayla a visités dans le cadre de ses missions.

En voyant les rapports prendre vie et les communautés les adopter comme les leurs, j’ai constaté que le soutien international fait toujours une énorme différence, mais qu’il est maintenant modélisé de différentes manières. Mon discours a changé : le développement international n’est pas complètement mort; il nous demande simplement de nous engager plus honnêtement. Ainsi, même si je peux accepter que le secteur soit plus fragmenté que jamais, mon rôle dans les partenariats m’a permis de redécouvrir mon « idéal réaliste » et de réfléchir à la façon dont le développement continuera de prospérer dans de petites salles où le changement prend déjà racine.


Depuis 1989, près de 600 jeunes diplômé·e·s et jeunes professionnel·le·s comme Kayla ont participé au Programme de stages pour jeunes en développement international de la Fondation Aga Khan Canada. En savoir plus sur le Programme.